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à dévorer !

Jeudi 13 décembre 4 13 /12 /Déc 15:50

 

congo.gifVaste comme l'Europe, né de l’erreur d'un cartographe portugais du XVIe siècle, des rêves de grandeur de Léopold II et des délires classificatoires d'ethnologues belges, le Congo s'enfonce depuis lors dans une tragédie baroque et sanglante.

Des années d'enquête, de multiples entretiens, et surtout la profonde empathie de David Van Reybrouck envers ses interlocuteurs aboutissent à cette somme (qui se lit comme un roman) où l'humanité l'emporte sur l'horreur.

 

 

Congo, une histoire, de David Van Reybrouck, Actes Sud

Par Daniel Le Moigne - Publié dans : à dévorer !
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Mercredi 28 septembre 3 28 /09 /Sep 17:31

   Le Dernier Testament de Ben Zion Avroho, James Frey

Traduit de l’anglais (américain) par Michel Marny, édition Flammarion

 

 


testament.gif

Dans son quatrième roman, le très controversé James Frey imagine la vie d’un New-yorkais peu ordinaire à travers le regard de treize personnages qui l’ont connu.

Seul blanc du Bronx, Ben aime les jeux vidéo, la bière et la Marie-Juana, il travaille sur un chantier, à New York, à notre époque, sans plus de précision.

Au fur et à mesure que le livre avance, nous est révélée la nature exceptionnelle de Ben Zion. Depuis sa naissance en effet, les autorités religieuses de sa communauté sont persuadées qu’il est Celui que l’on attendait, le messie, qui selon la prophétie biblique doit revenir sur terre pour offrir aux hommes la vie éternelle.

Mais si Ben Zion Avrohom est le messie réincarné, il ne ressemble en aucun cas à un prophète traditionnel. Sa parole est bien différente de celle que l’on pourrait attendre :

 

 

 

« La Bible est un livre. Les livres sont faits pour raconter des histoires. Ils ne sont pas faits pour dénier aux gens le droit de vivre comme ils l’entendent. » p.339


Ben, signifie « fils de » en arabe, Zion est le terme qui désigne le paradis pour les rastas, Avrohom est un prénom juif équivalent à Abraham. Porteur du monothéisme dans son nom même, il serait revenu parmi les hommes pour que cessent les malentendus.

Ben prophétise la fin du monde et accuse : la société des hommes est gangrénée, elle ira à sa propre perte ! Il célèbre l’ici et maintenant comme le seul des mystères, ne promet pas la vie éternelle mais déclare l’amour (voire l’amour libre) comme seule religion.

 

 

 

« Il disait que si tous ceux qui allaient à l’église ou au temple, ou à la mosquée passaient tout ce temps perdu à baiser au lieu de prier pour des conneries, le monde serait pas prêt de finir. Et il avait raison. Et vous savez qu’il a raison. Si vous regardez dans votre cœur, et si vous n’avez jamais joui dans votre vie, vous savez qu’il a absolument raison. » p.223

 

Qui croise son regard, verra sa vie métamorphosée. Ben Zion Avrohom parvient à combler le vide des cœurs en un seul regard, un seul baiser, voire une longue nuit torride.

A moins que ce super messie des temps modernes ne soit qu’un malade mental dont le cerveau a été plus que sérieusement endommagé par un très grave accident de travail ?

 

Le testament de Ben Zion Avrohom est un roman caustique, au style oral. Il offusquera ceux qui croient en ces « textes de science-fiction écrits à l’âge de pierre » et plaira aux athées et aux agnostiques. Sa construction en abîme, pose la question de la croyance, nécessaire ou non, de la mise en place des idéologies (les « apôtres » de Ben comptent bien propager ses idées et sa parole), et met en scène l’interchangeabilité des icônes :

 

« Si j’avais remplacé leurs livres par des magazines idiots que je regardais, et s’ils avaient adoré les personnages stupides dans ces magazines, ils auraient obtenu les mêmes résultats » qu’en priant…p.347 

 

Aux Etats-Unis, le testament a été publié par la galerie Gagosian, une galerie d’art. Dans sa traduction française, la maquette du livre est particulièrement soignée et originale, en blanc mat, bord des pages maculé de taches carmin, titre en grosses lettres vermillon.Ce que l’on tient dans les mains, pourrait bien être un évangile selon St Frey, écrite avec son sang… (Ceci est mon sang…etc.)

 

L’écrivain d’aujourd’hui tel que l’exige et le reconnaît le monde médiatico-littéraire auquel appartient Frey et dont il s’est largement servi dès son premier livre, fonctionne aussi comme une religion, à coups de messages messianiques et autres apparitions télévisio-christiques.

Par Anne Bourrel - Publié dans : à dévorer !
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Mercredi 28 septembre 3 28 /09 /Sep 12:32

foret-siberie.gif Sylvain Tesson décide de s’installer après son quarantième anniversaire, en Sibérie sur les rives du lac Baïkal. Il va vivre six mois dans les solitudes enneigées, à cent vingt kilomètres du premier village, avec des voisins situés à cinq jours à pieds, sans routes d’accès, tout en affrontant des températures de - 30 degrés et en côtoyant les ours.

Il a emporté soixante livres pour compagnons, afin de combler le silence et rattraper son retard !

"Si on me demande pourquoi je suis venu m’enfermer ici, je répondrai que j’avais de la lecture en retard."

L’auteur nous livre une introspection, philosophique et humaine. Un besoin de revenir à l’essentiel anime cet homme, fatigué de l’agitation perpétuelle de notre société de surconsommation.

Un journal de bord, dans lequel on se glisse avec émerveillement, et quiétude. Il peint des paysages étincelants, nous décrit le froid, le corps qu’on réchauffe à coup de vodka et d’écriture.

 

Un élan écologique, un défi, une (é)preuve, qui donne envie de partir demain dans une cabane en rondins au milieu de la nature indisciplinée, pour y vivre libre.

"Une cabane sibérienne n’est pas construite aux normes des habitations du monde civilisé. Ici, pas d’impératifs de sécurité, pas d’assistance, pas d’assurance. Les Russes ont le principe de ne jamais prendre de précautions. Dans l ’espace de neuf mètres carrés, le corps se meut entre le poêle brulant, la scie qui pend, les poignards et les haches plantés dans les poutres. Dans l’Europe de la prévention, les cabanes seraient rasées."

 

 

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson, chez Gallimard

Par Aurélie Tardio - Publié dans : à dévorer !
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Mardi 27 septembre 2 27 /09 /Sep 12:51

Renversée par une moto, Claire est dans le coma. Toute la famille converge en ordre très dispersé vers la chambre d'hôpital ;et chacun de la chercher là où elle n'est pas ; couloir d'hôpital désert, appartement vide, rancœurs et suspicions ; dans ce magma, Elvire, sa mère avance à sa manière chaotique. piece rapportée

 

Qui est Claire, qui est Elvire, qui sont Anne et Claas, tout le monde a son idée sur la question, et personne n'en sait rien.

Les personnages romanesques s'en arrangent, le lecteur n'est guère plus lucide, et nous nous en accommodons bien car la connaissance est souvent décevante et amère.

Hélène Lenoir nous pique les yeux en pelant bien lentement comme elle le ferait d'un oignon sur la table de sa cuisine les épaisseurs de la psyché de ses personnages ; et du roman familial elle écrit une aventure imprévisible et pourtant familière. Hystériques ou obsessionnels, ses personnages nous effrayent un peu, mais donnent une profondeur bienfaisante au roman du quotidien.

 

 

 

Pièce rapportée, Hélène Lenoir, chez Minuit

Par Daniel Lemoigne - Publié dans : à dévorer !
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Mardi 20 septembre 2 20 /09 /Sep 15:18

Début des années 80, Solange grandit à Clèves, petite ville de province où il ne se passe pas grand chose, entre un père qui s’envoie en l’air - avec son avion car il est pilote et avec la pharmacienne quand il lui arrive de rentrer - et une mère souvent assommée par les somnifères ou qui travaille dans sa boutique "Les Clefs de Clèves".

 

Solange vient d’avoir ses premières règles, elle se défait avec satisfaction et terreur de cette peau d’enfance, pour se plonger à corps perdu dans une adolescence pleine de sexe, de rêves, de fantasmes et de mensonges...

 

cleves

Au lycée on ne parle que de ça : la première fois. On s’embrasse, on se caresse, on s’insulte, on joue les experts, on emploie des mots savants comme "nymphomane" sans en savoir la signification exacte, on se la joue trash alors qu’on est fleur bleue, on dit qu’on "l’a fait" pour ne pas avoir l’air conne...

 

Solange est perdue dans ce monde de chair, de sang, de sperme et de salive. Elle rêve de sortir avec un garçon qui, comme souvent, préfère la meilleure amie. Alors elle sort avec un autre qui ne veut que "baiser", et elle joue avec Monsieur Bilhotz et "sa tête à désherber" qui lui explique son "tyran intérieur", un homme de quelques années son ainé, son "baby-sitter" qui montre un peu trop souvent sa chose "couleur crête de dindon comme les cannas" et qui aime tant la faire monter sur ses genoux.

 

Solange est une innocente, une allumeuse, une inconsciente, embarrassée avec ce corps qui devient femme. Elle se désintéresse de tout ce qui l’entoure, sauf du sexe opposé, et de la façon qu’elle doit agir pour leur plaire. Elle devient cette adolescente égoïste et narcissique malgré elle. Elle passe ses journées à prier Dieu le Père, se masturbe et se demande si elle doit crier comme l’actrice dans le film porno de Canal+ qu’elle a regardé en crypté.... Elle a des questions qui restent sans réponses, une mère qui ne s’intéresse pas assez à elle, un père absent, mais qui donne tout de même de bon conseil "anti-sida", même s’il lui fout la honte souvent.

 

Une famille qui possède ses non-dits, que Solange ne tient pas à soulever car elle est bien trop occupée à mener à bien sa sexualité

Une princesse de Clèves des temps modernes, une Lolita de Nabokov, que Solange incarne, en leur rendant justice.

Un roman truculent, écrit sans gènes ni tabous, et une jeune adolescente qui est tout ce qu’on dissimule, le tout mené d’une belle plume agile et sincère...

 

Clèves, de Marie Darrieussecq, chez P.O.L

Par Aurélie Tardio - Publié dans : à dévorer !
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